Les Chemins de Lumière
Les Chemins de Lumière
« Ah bon, je peux faire ça ? »
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« Ah bon, je peux faire ça ? »

Un été brûlant, épisode 2 sur 4. Ce que je construis : un monde où le corps a une voix
Photo par Alef Morais

Elle adore ses amis. C’est justement pour ça que c’est difficile.

Chaque année, elle passe quelques jours chez eux. Elle attend ce séjour, elle s’en réjouit des semaines à l’avance, elle est heureuse d’y être. Et chaque année, elle rentre en miettes.

Elle me le partage en séance. Elle dort mal chez ses amis. Elle digère mal, elle a mal au ventre et certaines nuits, le bon repas du soir devient son pire cauchemar. Elle mange plus qu’elle n’en a besoin, elle marche plus que son corps ne le permet, elle enchaîne des journées ou elle suit un rythme qui n’est pas le sien, sans jamais s’arrêter. Elle revient vidée, avec de la culpabilité par-dessus, parce qu’enfin, on ne se plaint pas de vacances chez des gens qu’on aime.

On met du temps à nommer proprement ce qui se passe. Elle est peut-être hypersensible, et la joie d’être avec eux la maintient dans une sur-stimulation permanente. Une sur-stimulation que son système a du mal à gérer. Elle ne se sent pas contrainte d’être là, bien au contraire. Mais sa joie et son envie de passer un bon moment sont si intenses, qu’elles recouvrent tout le reste. Son corps s’efforce de lui envoyer des signaux, mais elle ne les entend plus. Alors elle dépasse ses limites intérieures, jour après jour.

Puis un jour en séance, la solution apparaît d’elle-même. Elle est presque ridiculement évidente : s’écarter, faire une balade seule, une méditation, ou une porte fermée pendant une heure. Peut-être même se coucher avant les autres.

On ne dit plus rien. Je soutiens l’espace de ce silence révélateur.

« Ah bon. D’accord. Oui, je pourrais faire ça, en fait. »

Ce silence porte la surprise de la simplicité de la solution. C’était la stupeur devant une porte qu’on avait toujours crue fermée à clé, et qui s’ouvre enfin juste parce qu’on a décidé de poser la main dessus.

Attrape ta boisson rafraîchissante préférée et installe-toi confortablement. Parce que cette année, l’été est brûlant, et qu’aujourd’hui je te partage ce que je construis, ce à quoi je donne corps.


La semaine dernière, je t’ai laissée avec une question.

Je t’avais dit qu’aucun mot ne viendrait te libérer, qu’aucune méthode ne viendrait te sauver, que personne ne détenait la clé absolue de ce que tu es. Et j’avais demandé : alors sur quoi tu t’appuies ?

Voici ma réponse. Mais sache qu’elle est beaucoup plus simple et beaucoup plus exigeante que ce que tu imagines peut-être.


Entre les lignes du silence

J’adore lire entre les lignes. Je ne peux pas m’en empêcher. Alors je t’invite à regarder avec moi ce qu’il y avait dans son étonnement.

Je ne suis pas sûre qu’elle était surprise par la solution en soi. Elle la connaissait, elle l’aurait sûrement trouvée seule en trois secondes s’il s’agissait de soutenir une amie. Ce qui la stupéfiait, c’était qu’elle ait le droit de l’appliquer à elle-même.

Cette femme est adulte. Elle prend chaque jour des dizaines de décisions que personne ne remet en cause. D’autant plus qu’elle gère toute seule son activité de freelance avec succès depuis des années. Et pourtant, l’idée de fermer une porte pendant une heure lui apparaissait comme une transgression qu’il fallait autoriser avec par exemple une sorte de mot d’excuse parental.

La preuve de cette hypothèse se trouve dans ce qui a suivi. Aussitôt la porte entrouverte, les objections sont arrivées en rafale : « On va me trouver bizarre. Ils vont croire que je ne suis pas bien avec eux. Ils vont mal le prendre… »

Mais à qui appartiennent ces objections ? Eh bien, à une assemblée constituée des expériences anciennes, des remarques encaissées il y a vingt ans et des peurs. Tout un tribunal composé de voix venues du dehors et installées à demeure. Et ce tribunal-là avait plus d’autorité sur elle que son propre corps en train de se tordre de douleur la nuit.

Ce n’est pas un cas isolé. Il y a quelques années, une cliente s’est connectée à notre séance depuis sa voiture, garée devant chez elle. Elle s’y était enfermée parce que c’était le seul endroit où elle pensait que personne ne viendrait frapper. Elle n’avait jamais essayé de demander une heure aux siens. Elle « savait » déjà, sans avoir testé une seule fois, que ce n’était pas possible.

C’est ça l’envers du décor. On ne choisit pas ses autorités extérieures. Elles s’installent toutes seules, en douce, et elles votent à notre place.

Au lieu de lui donner la permission qu’elle attendait, même si c’était tentant, ce jour-là mon travail a consisté à démonter le tribunal.

Ce à quoi je donne corps

Je veux un monde où les femmes sensibles osent exister pleinement sans attendre la permission de personne.

Où elles ne croient plus qu’exister pleinement revient à voler la place de quelqu’un d’autre. Où prendre sa place cesse d’être un vol. Où dire non ne veut pas dire qu’on est devenue méchante.

J’ai longtemps cru que pour tenir, il fallait durcir. Serrer les dents, se blinder, avancer à contre-courant. L’eau m’a appris l’inverse. Elle n’affronte rien et elle traverse tout. Elle contourne la pierre pendant des siècles et finit par la creuser. Elle épouse la forme de ce qui la contient sans jamais cesser d’être elle-même. Et quand il le faut, elle emporte tout.

Notre sensibilité fonctionne comme ça. Tu es déjà l’eau. Tu crois seulement que c’est une faiblesse.

Je sais cependant que ce monde n’arrivera pas par une prise de conscience. Personne ne se lève un matin en décidant d’être libre. Les convictions, ça se discute, ça se démonte, ça se remplace par d’autres convictions. Un mot de travers suffit à faire vaciller ce qu’on avait mis des années à comprendre.

Autre chose est donc nécessaire. Un endroit qui ne se laisse pas convaincre.

Ce lieu, tu l’as déjà. C’est ton corps.

Ton corps ne fait pas de compromis diplomatiques. Il ne cherche pas à faire plaisir spontanément. Il ne se demande pas ce que les autres vont penser. Quand quelque chose ne va pas pour toi, il le sait avant toi, et il le dit avec les moyens du bord : le mal de ventre, la gorge serrée, les épaules crispées, le souffle court.

Le problème n’a jamais été qu’il arrête de s’exprimer. Le problème, c’est qu’on nous a appris à ne pas le prendre au sérieux.

Dans les coulisses d’un apprentissage

Tu sais que je n’aime pas parler uniquement depuis la théorie. Alors je te raconte un bout de mon histoire récente.

Il y a une expression que j’ai entendue mille fois dans l’entrepreneuriat en ligne, et je l’adore : à force de vouloir entrer dans le moule, on devient une tarte.

Et je peux dire aujourd’hui avec certitude qu’être une tarte n’est pas agréable.

Sur Instagram, il fallait faire des vidéos. Se montrer en face caméra dans les stories. Poster régulièrement. Parler d’une certaine façon, avec un certain rythme, avec les mots marketing qui marchent. Tout le monde me le disait, et tout le monde avait raison sur le plan de la logique : c’est the place to be.

Au début, ça allait. J’étais même contente d’y être.

Puis mon réveil matinal a commencé à changer. Je n’arrivais plus à commencer mes journées calmement. J’ouvrais les yeux et j’étais déjà projetée dans « qu’est-ce que je vais raconter en story aujourd’hui » et ça avant de sentir mes pieds sur le sol. Avant même mon café !

Ensuite ça s’est logé dans le corps. Au moment précis d’ouvrir l’application, mon cœur accélérait, mon ventre se crispait et ma poitrine se serrait.

Je savais que ce n’était pas de la peur de me montrer. Je commence, petit à petit, à comprendre que c’était certainement des insécurités que je croyais réglées depuis des années. Elles remontaient à la surface, réveillées par un compteur de vues. Une story avec peu de réponses, et tout mon système d’alerte s’allumait. Le cœur qui bat vite, les trapèzes en pierre, le ventre noué.

Et puis ces pensées négatives qui tournaient en boucle : « je ne fais pas ce qu’il faut. Ce que je propose n’intéresse personne. Je ne sais pas communiquer. »

Avec le podcast, c’était différent, et c’est peut-être pire. Je l’aimais, ce podcast. Il me donnait de la joie. Mais la recherche permanente du sujet qui ferait le plus d’écoutes, est devenu un poids sur mes épaules. Je me suis mise à comparer mes chiffres à ceux des autres. Un épisode moins écouté, et l’angoisse revenait au même endroit, dans le ventre et la poitrine.

Le pire, c’est que je n’étais plus dans la Vie, la vraie. À longueur de journée, quoi que je fasse, une partie de moi cherchait comment transformer ce moment en contenu. Une balade devenait un sujet. Une conversation devenait une idée de post. Je n’habitais plus ma propre vie car elle était devenue une machine à création de contenu.

Mon corps, lui, hurlait depuis longtemps. Je l’entendais. Je le rangeais dans la catégorie des choses irrationnelles, celles dont on s’occupera plus tard, quand ce sera moins urgent car on m’a fait croire que c’était des signes de faiblesse : des peurs qu’il fallait dépasser, des croyances limitantes, des problèmes de sécurité ou d’identité.

Et puis un soir, une question m’est venue. Je m’en souviens très bien parce je me la suis posée comme si c’était une insolence.

Et si je coupais tout ? Ah bon, je peux faire ça ? Je peux vraiment tout couper ?

C’est la même question que celle de cette femme, des années plus tard, en séance avec moi. Elle parlait de vacances, je parlais d’un métier, et c’était rigoureusement le même silence.

Ce qui m’empêchait de répondre oui, c’était une assemblée. Des coachs business, des règles d’algorithme, des phrases entendues cent fois sur ce qu’il faut faire pour exister en ligne. Toutes ces voix étaient entrées, elles s’étaient installées, et elles avaient fini par prendre mon accent. Je les ai prises pour ma lucidité.

Je savais ce que je voulais et ce dont j’avais besoin. J’ai toujours su. Ce dont je n’étais pas sûre, c’était d’avoir le droit de le vouloir, ni d’avoir le droit de le faire.

Puis un jour je n’ai pas eu le choix. Il ne s’agissait plus de volonté. Au début on se force et ça fonctionne, c’est bien le piège. Et un bon matin, la mécanique refuse simplement de se mettre en route.

J’ai arrêté Instagram. L’arrêt du podcast a suivi.

L’autorisation du vide réparateur

Ce qui s’est passé après je ne pouvais pas le prévoir : deux mois d’immobilité.

Ça ressemblait à une dépression, ça n’en était pas une. J’ai retiré la pression, et mon corps s’est effondré dans l’espace qui venait de se libérer. Je n’arrivais presque plus à marcher. Je passais mes journées allongée, dans une fatigue que je n’avais jamais connue.

J’ai eu très peur. Je ne me reconnaissais plus et je ne savais pas si j’allais en sortir.

J’étais bien accompagnée, on m’a expliqué ce qui se passait, et j’ai compris quelque chose que je n’oublierai plus.

Mon corps n’attendait pas mon autorisation. Il avait pris la décision d’arrêter bien avant moi. Pendant deux ans, j’avais négocié avec lui, je lui avais demandé de patienter, de tenir encore un peu, le temps que la stratégie porte ses fruits. Il a fini par trancher tout seul.

Le corps a toujours le dernier mot. Le seul choix qui t’appartient, c’est de l’écouter maintenant ou de l’écouter plus tard, quand la note aura grossi.

Le discernement : la vraie clé

J’aimerais clarifier une chose, parce que cette phrase se fait détourner un peu partout.

Écouter ton corps ne veut pas dire faire tout ce qui te passe par la tête. Ça ne veut pas dire fuir dès que c’est inconfortable. Il y a un inconfort qui signale le danger, et il y en a un autre qui signale simplement que tu es en train de grandir. Apprendre à les distinguer, c’est le travail d’une vie, et c’est très exactement ce que je fais avec les femmes que j’accompagne.

Ce n’est pas non plus un don. J’ai juste passé des années à écouter des signaux que j’ai longtemps trouvés ridicules.

Et ça ne te dispense de rien. Ton corps ne t’enverra pas de plan de carrière. Il te dira oui, non, ou pas maintenant. C’est tout. Et c’est déjà infiniment plus que ce que tu obtiendras de n’importe quel test de personnalité.

La porte n’était pas fermée à clé

Je reviens à cette cliente dont je parlais au début et à ses vacances.

Elle est repartie chez ses amis. Elle leur a expliqué, simplement, qu’elle avait besoin de moments seule sinon elle finissait malade. Ils ont compris. Évidemment qu’ils ont compris, ce sont des gens qui l’aiment.

Aujourd’hui elle profite de ces séjours avec joie. Et quand elle sent qu’elle recommence à dépasser ses limites, elle sait pourquoi et elle sait quoi faire.

Elle n’a rien appris de nouveau sur elle-même. Son corps lui disait la même chose depuis des années, chaque nuit, avec des moyens de plus en plus insistants. Ce qui lui manquait, ne se tient pas dans une information ni une méthode.

C’était le droit de s’appuyer sur ce que son corps savait déjà.

Un monde de femmes qui n’ont plus à demander la permission d’exister comme elles sont. C’est mon rêve et c’est ce à quoi je donne corps au quotidien.

Devenir ta propre référence, c’est ça. Aucun mystère, aucune technique secrète. Juste l’endroit où tu vas chercher ta réponse qui se déplace, doucement, de l’extérieur vers l’intérieur.


Je te dis tout ça avec beaucoup d’assurance, et tu as parfaitement le droit de me répondre : facile à dire. Toi, Mybel, tu y arrives ?

La semaine prochaine, je réponds. Même si ça ne sera pas une balade dans le parc pour moi.

Chaleureusement,

Mybel

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Cet été : 1 question, 1 réponse

Jusqu’au mois de septembre, chaque semaine, je choisis une question qu’une lectrice m’a envoyée pour lui répondre personnellement, avec ma voix, en toute intimité.

Ce sera un lien vibrant entre toi et moi sous forme de message vocal.

Dis-moi, quelle est cette question qui revient souvent dans tes pensées dernièrement ?

Réponds simplement à ce message.


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